Déclaration de la FITD à l’occasion de la Journée internationale des migrants 2024

Forts et organisés pour transformer l'avenir des travailleuses domestiques migrantes

« Les travailleuses domestiques migrantes sont l’épine dorsale de l’économie du soin. L’exploitation de leur travail subventionne les économies nationales dans les pays d’origine et de destination. Il est temps de mettre fin à la discrimination qu’elles subissent dans la loi et dans la pratique. Seules la liberté d’association et la lutte collective permettront aux travailleuses domestiques migrantes d’accéder pleinement à un travail décent et à une vie digne. Fortes, unies et organisées, nous réaffirmons notre engagement à continuer d’avancer vers un avenir où la justice sociale et l'exercice complet des droits humains seront une réalité pour les travailleuses domestiques migrantes. »

Adriana Paz Ramírez, Secrétaire Générale de la FITD

Le moteur de l'économie du soin

L'impact des changements démographiques, socio-économiques et environnementaux sur l'économie du soin et la migration est de plus en plus important. D'une part, le nombre de femmes qui migrent pour échapper aux conflits armés, à la violence, aux crises politiques, à la pauvreté et aux effets du changement climatique ne cesse de croître, en quête de meilleures opportunités pour elles-mêmes et leurs familles. D'autre part, la demande mondiale en matière de soins augmente également, accompagnée d’un déficit important dans la fourniture publique de services et d’infrastructures de soins ainsi que d’un manque de systèmes solides de protection sociale. Dans ce contexte, de nombreux pays à revenu élevé dépendent des travailleuses domestiques (TD) migrantes pour répondre aux besoins croissants en soins de leur population. « Importer » des femmes issues de pays pauvres et de groupes historiquement défavorisés constitue une solution à faible coût pour permettre aux citoyens locaux de déléguer leurs responsabilités de soin et d’accéder à des emplois mieux rémunérés. L’écart salarial entre les travailleuses de soin migrantes et locales est de 19,6 % (OIT, 2020).

Les TD migrantes jouent un rôle essentiel dans la durabilité sociale et économique non seulement des pays où elles travaillent, mais aussi de leurs pays d’origine, car leurs envois de fonds assurent la subsistance de leurs familles. Cependant, le sacrifice d’affronter le déracinement et de s’éloigner de leurs enfants pour les laisser aux soins (non rémunérés) d’autres femmes se termine souvent en cauchemar : promesses non tenues, exploitation, multiples formes d'abus et même traite des personnes. En cas de pandémies, guerres ou catastrophes naturelles, les TD migrantes sont les premières abandonnées à leur sort par leurs employeurs, dans un total dénuement et sans possibilité de retourner dans leurs pays.

Discrimination légale et abus dans la pratique

Dans de nombreux pays, le recrutement et les conditions d’emploi des TD migrantes sont régis uniquement par des accords bilatéraux ou des programmes temporaires de migration de travail entre les pays d’origine et de destination (sans la participation des organisations syndicales), qui les excluent de la protection légale et de l’accès à la sécurité sociale et leur refusent le droit à la liberté d’association, entre autres mesures discriminatoires. Ces arrangements donnent naissance, par exemple, aux systèmes de parrainage – comme la « kafala » dans les pays du Moyen-Orient –, qui accordent aux employeurs un contrôle absolu sur la vie des travailleuses, réduisant à néant leurs libertés individuelles.

Ces politiques migratoires exposent les TD migrantes à l’exploitation et aux violations des droits par des agences de recrutement sans scrupules et des employeurs abusifs. Elles favorisent également la migration par des voies irrégulières et l’emploi informel, ce qui augmente encore davantage la vulnérabilité de ces femmes. La plupart d’entre elles subissent des conditions de travail et de vie indignes, qui relèvent parfois du travail forcé, telles que des journées de travail interminables sans repos quotidien ni hebdomadaire ; la rétention de salaires et la servitude pour dettes (en raison de frais de recrutement illégaux et excessifs) ; une alimentation insuffisante, un hébergement précaire et un manque d’accès aux soins médicaux ; des communications et une mobilité restreintes ; la confiscation de documents d’identité ; des violences et du harcèlement sexuels ; et un accès limité à la justice. Si elles ne respectent pas ce qui est stipulé dans leurs contrats (souvent trompeurs), elles sont punies par des sanctions allant d’amendes, au licenciement, à la perte de leur statut migratoire régulier, voire à l’incarcération ou à la déportation.

Vers un avenir digne pour les travailleuses domestiques migrantes

La défense des droits des TD migrantes est une priorité pour nous. Notre engagement est inscrit dans la Résolution sur les travailleuses domestiques migrantes adoptée lors du Quatrième Congrès international de la FITD en novembre 2023. Nous ne cesserons de lutter jusqu’à ce que la communauté internationale, les gouvernements et les employeurs, en dialogue avec les organisations de TD, prennent des mesures concrètes pour :

  • Ratifier et mettre en œuvre les conventions internationales de l’OIT relatives au travail (en particulier la C189), à la migration, à la violence et au harcèlement, à la liberté d’association et au droit à la négociation collective, et au travail forcé. 
  • Réformer les cadres juridiques nationaux conformément aux normes internationales et adopter des politiques pour garantir aux TD migrantes les mêmes droits que les TD locales, y compris l’accès à la protection sociale / Abolir le système kafala et tout autre programme de migration de travail abusif.
  • Assurer le droit des TD migrantes à la liberté d’association et à la négociation collective.
  • Réglementer et surveiller les opérations des recruteurs et des plateformes d’emploi numériques et adopter des mécanismes efficaces d’inspection du travail, en imposant des sanctions aux contrevenants. 
  • Garantir que les TD migrantes aient accès à la justice et à des mécanismes transnationaux efficaces de plainte et de réparation.
  • Promouvoir la coopération entre pays d’origine et de destination pour créer des canaux migratoires réguliers et sûrs, ainsi que des cadres globaux pour la gouvernance du cycle de la migration de travail.
  • Fournir des informations aux TD sur leurs droits et leurs contrats avant la migration ; leur offrir une assistance dans les pays de destination ; et faciliter leur retour dans leur pays d’origine après la période d’emploi.
  • Éradiquer les pratiques discriminatoires et la violence envers les TD migrantes, valoriser leur rôle crucial dans l’économie du soin et reconnaître leurs compétences en les rémunérant de manière adéquate.
  • Collecter des données et produire des statistiques sur les TD migrantes pour suivre leurs processus migratoires et répondre efficacement aux défis auxquels elles sont confrontées.

À l’occasion de la Journée internationale des migrants, et chaque jour, nous célébrons et reconnaissons les travailleuses domestiques migrantes à travers le monde. Salutations, camarades !

Dernières Actualités

RESTER INFORMÉ

Inscrivez-vous aux mises à jour et aux bulletins d'information de la FITD.