À l'ère du care, caractérisée par un besoin croissant de soins et un recours croissant aux travailleurs domestiques pour y répondre, la valeur économique et sociale de leur travail devrait être incontestable : à l'échelle mondiale, notre secteur représente 25 % des effectifs du care et 4.5 % de l'ensemble des personnes employées. Comme l'affirme le Résolution de l'OIT concernant le travail décent et l'économie des soins (2024), les travailleurs domestiques jouent un rôle essentiel dans le maintien de la vie, permettant à des millions de personnes de participer au marché du travail et de contribuer à la croissance économique. Pourtant, ils restent largement méconnus, sous-estimés et sous-protégés.
La croyance répandue que le travail domestique est « improductif », « non qualifié » ou même pas un « vrai » travail, conjuguée à la discrimination persistante dont sont victimes celles qui l’exercent — en raison du genre, de la race, de l’ethnie, de la classe, de la caste ou du statut migratoire — a conduit à leur exclusion totale ou partielle de la protection légale et sociale, à l’absence d’application effective ou à la faible mise en œuvre de la législation existante, ainsi qu’à des niveaux élevés de non-respect de la législation. En conséquence, les travailleuses domestiques subissent fréquemment des conditions de travail précaires : bas salaires, longues journées, absence d’accès à la sécurité sociale, ainsi que diverses formes d’abus, de violence, de harcèlement, voire même de travail forcé.
Le Convention 189 de l’OIT, adoptée en 2011, a marqué un jalon dans la longue lutte du mouvement mondial des travailleuses domestiques, car elle a explicitement reconnu le travail domestique comme un vrai travail (emploi salarié exerçant dans un lieu déterminé et dans le cadre d’une relation de travail), et elle a aussi consacré des droits du travail fondamentaux pour les travailleuses domestiques, au même titre que pour les autres catégories de travailleurs. Au cours des quatorze dernières années — grâce à l’incroyable mobilisation des travailleuses domestiques dans le monde entier — 39 pays ont ratifié la C189, et de nombreux autres pays ont reconnu le travail domestique comme un travail, en intégrant les travailleuses domestiques dans leurs législations nationales du travail. Pourtant, dans les faits, les travailleuses domestiques continuent de faire face à d’importants déficits en matière de travail décent :
- 8 sur 10 sont en emploi informel, sans protection légale ni sociale.
- 36.1 % sont exclues des lois du travail.
- 50 % n’ont pas droit légal à la sécurité sociale.
- 46 % ne sont pas légalement garantis d’un salaire minimum, et 49 % n’ont pas droit à une durée réglementée du travail.
- 1 travailleuse domestique sur 3 en emploi informel est couverte par les lois du travail, mais le non-respect des normes la maintient dans l’informalité.
- En moyenne, les travailleuses domestiques gagnent seulement 56 % de ce que gagnent les autres travailleurs — et ne touchent que 45 % si elles sont en emploi informel. L’informalité double leur probabilité de pauvreté.
- Les travailleuses domestiques migrantes, particulièrement celles en situation irrégulière, sont plus exposées aux risques d’exploitation et d’abus en raison de politiques migratoires discriminatoires qui les excluent de la protection légale et de la liberté d’association.
- Les nouvelles plateformes numériques exposent les travailleuses domestiques à de nouvelles formes de précarisation et d’informalité.
En cette Journée internationale des travailleuses domestiques, nous appelons les gouvernements à :
- Ratifier et mettre en œuvre efficacement les Conventions 189 et 190 de l’OIT.
- Garantir aux travailleuses domestiques une couverture par les lois du travail et les régimes de sécurité sociale nationaux, en égalité de conditions avec les autres travailleurs, quelle que soit leur situation d’emploi ou leur statut migratoire.
- Stimuler la formalisation par la reconnaissance des compétences ; des mécanismes efficaces d’inspection et de contrôle ; des régimes de sécurité sociale inclusifs et adaptés au secteur; des mesures incitatives, et des procédures d’enregistrement simplifiées.
- Garantir aux travailleuses domestiques le droit de s’organiser et de négocier collectivement.
- Encourager le dialogue social tripartite pour concevoir et mettre en œuvre des politiques concernant les travailleuses domestiques, en assurant leur voix et leur représentation.
- Adopter des politiques et programmes migratoires conformes aux normes de la C189, afin de garantir des parcours de migration de travail sûrs et fondés sur les droits pour les travailleuses domestiques.
- Lutter contre toutes les formes de discrimination, de violence et de harcèlement dans le travail domestique.
- Réguler le fonctionnement des plateformes numériques afin d’assurer des conditions de travail décentes aux travailleuses domestiques qui y sont actives.
Comme le montre la Théorie du changement de la FITD pour obtenir un travail décent pour les travailleuses domestiques en cette ère des soins, lancée récemment, même dans des situations difficiles et des temps de crise, les travailleuses domestiques ont répondu par la résilience, la créativité et la force collective pour progresser et atteindre leurs objectifs : droits, reconnaissance et visibilité en tant que travailleuses à part entière. Et c’est ce chemin que nous continuerons avec détermination, engagées à améliorer la vie des travailleuses domestiques et à construire une société meilleure pour tous.
« Lorsque les femmes qui se trouvent à la base de la pyramide socioéconomique se lèvent pour faire reconnaître leurs droits, les autres femmes situées plus haut dans la pyramide en profitent elles aussi. C’est pourquoi l’organisation des travailleuses domestiques doit être soutenue et encouragée »
Adriana Paz Ramírez, Secrétaire Générale de la FITD
#LeTravailDomestiqueEstUnVraiTravail
