
La migration sans droits est une exploitation.
Appel des travailleuses domestiques migrantes au Forum international d'examen des migrations 2026
Alors que les gouvernements, les syndicats et les organisations de la société civile se réunissent cette année à New York à l'occasion de la Conférence internationale sur les migrations (IMRF), les travailleuses domestiques migrantes du monde entier se rassemblent avec un message clair et urgent :
La migration sans droits est une exploitation.
On compte plus de 75 millions de travailleurs domestiques dans le monde, dont plus de 12 millions de travailleurs migrants.1La majorité d'entre elles sont des femmes. Les travailleuses domestiques migrent pour subvenir aux besoins des familles, des communautés et des économies : elles s'occupent des enfants, soutiennent les personnes âgées et rendent possible tout autre travail.
Pourtant, la demande mondiale de soins continue d'augmenter (OIT, 2025.), les droits de ceux qui prodiguent des soins restent systématiquement bafoués.
Dans la seule Asie du Sud-Est, près de 30 % des travailleurs domestiques migrants sont soumis à des conditions de travail forcé (OIT, 2023), notamment la sous-rémunération, des heures de travail excessives, la violence et les abus, et des restrictions à la liberté de mouvement.
Dans les systèmes migratoires du monde entier, le travail domestique demeure sous-évalué et exclu des protections du droit du travail. Les travailleuses et travailleurs domestiques migrants – en particulier ceux en situation irrégulière – se heurtent à des obstacles liés à leur statut légal, à leur dépendance envers leur employeur et à un accès limité à la protection et à la justice. Nombre d'entre eux subissent des conditions de travail dangereuses, du travail forcé et risquent d'être détenus et expulsés lorsqu'ils cherchent de l'aide. Il ne s'agit pas d'une simple lacune, mais d'une défaillance structurelle de la gouvernance des migrations qui continue de privilégier l'offre de main-d'œuvre au détriment de la dignité humaine et du travail décent.
À l’heure où les investissements dans les systèmes de soins augmentent, nous devons faire face à une réalité cruciale : Sans droits pour les travailleurs migrants, il ne peut y avoir de système migratoire juste – ni de système de protection sociale juste.
Un système fondé sur l'inégalité
Les travailleuses domestiques migrantes migrent dans des contextes marqués par les inégalités, le changement climatique, les conflits, la guerre et la pauvreté. Ces conditions ne laissent à beaucoup d'autres d'autre choix que de migrer – et une fois les frontières franchies, leurs droits sont souvent bafoués.
De nombreuses travailleuses domestiques migrantes sont confrontées à :
- longues heures de travail sans repos
- pas de jour de congé hebdomadaire
- violence et harcèlement, y compris les abus physiques, émotionnels et sexuels
- non-paiement des salaires et retenues sur salaire
- restrictions de déplacement et droit de changer d'employeur
- frais de recrutement et servitude pour dettes
- confiscation des documents d'identité et dépendance vis-à-vis des employeurs pour obtenir un statut légal
- isolement dans les ménages privés
- manque d'accès à la justice
Les systèmes de migration temporaire placent souvent les travailleurs domestiques migrants dans des situations de vulnérabilité et d'exploitation accrues.
Dans des systèmes tels que kafala et d'autres régimes de visas liés à l'employeur, les travailleuses migrantes – et dans certains cas les enfants – sont placées sous le contrôle quasi total des employeurs, ce qui augmente considérablement le risque d'abus et d'exploitation.
Souvent, les travailleurs ne peuvent quitter une situation abusive ni changer d'employeur sans risquer la détention ou l'expulsion. Ces conditions sont largement reconnues comme des formes d'esclavage moderne.
Même lorsque la protection légale existe dans certains pays, son application reste insuffisante. Le travail domestique est souvent exclu des systèmes d'inspection du travail, ce qui limite considérablement la responsabilité des employeurs. Le recours fréquent au travail informel, conjugué à la crainte de représailles, de détention ou d'expulsion, empêche de nombreux travailleurs migrants de faire valoir leurs droits.
Les travailleuses domestiques migrantes s'organisent et mènent le changement
Les droits des travailleuses domestiques migrantes à s'organiser et à s'associer sont fréquemment bafoués, ce qui limite leur capacité à participer au dialogue social et politique. Dans de nombreux pays d'accueil, des obstacles juridiques et administratifs entravent la création et l'enregistrement de syndicats, empêchant ainsi les travailleuses de défendre collectivement leurs droits.
Malgré ces obstacles, les travailleuses domestiques migrantes s'organisent dans toutes les régions, créent des syndicats et transforment les politiques.
Par l’intermédiaire de la Fédération internationale des travailleuses et travailleurs domestiques (IDWF) et de ses affiliés, les travailleurs et travailleuses ont :
- ratification et mise en œuvre avancées des conventions de l'OIT n° 189 sur les travailleuses et travailleurs domestiques et n° 190 sur la violence et le harcèlement fondés sur le genre dans le monde du travail)
- ont garanti des réformes du droit du travail et un accès élargi à la protection sociale
- a contribué à l'adoption de la loi sur les travailleurs domestiques dans le monde entier, renforçant ainsi leur reconnaissance et leur protection
- un accès élargi à des avantages tels que les soins de santé, les indemnités en cas d'accident du travail et les régimes de retraite.
- Lutter contre les systèmes abusifs de migration et de recrutement en intégrant la voix des travailleurs dans les espaces politiques
- construction d'une solidarité et d'un leadership transnationaux – surtout en période de crise, y compris dans le Moyen-Orient
Dans des régions comme le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord, les crises persistantes mettent en lumière l'incapacité des systèmes migratoires à protéger les travailleurs. Nombre d'entre eux n'ont pas accès aux voies d'évacuation, à la protection ni à leurs droits fondamentaux.
« Ma maison a été bombardée… mon mari a été tué lors d’une frappe au début de la guerre… les maisons de mes employeurs ont été bombardées ou ils ont fui… et maintenant je n’ai ni maison ni travail. »
— Rahel (Éthiopienne, Liban)
En Asie-Pacifique, les travailleuses domestiques migrantes participent activement aux processus d'examen du IMRF, contribuant aux discussions régionales et faisant progresser les priorités ancrées dans leur réalité. De concert avec les représentants des travailleuses d'autres régions membres de l'IDWF, elles apportent leur expérience aux discussions du IMRF afin de renforcer la responsabilisation.
Des engagements aux actions
À l'IMRF 2026, L’IDWF appelle les gouvernements à passer des engagements aux actions concrètes :
- Reconnaître les travailleurs domestiques comme des travailleurs ayant des droits : Ratifier et mettre en œuvre la Convention n° 189 de l'OIT, afin de garantir que les travailleurs domestiques migrants soient protégés par le droit du travail, indépendamment de leur nationalité, de leur secteur d'activité ou de leur statut migratoire.
- Garantir la liberté d'association et le droit à la négociation collective : Ratifier les conventions n° 87 et 98 de l'OIT et supprimer les obstacles juridiques empêchant les travailleuses et travailleurs domestiques migrants de s'organiser. Protéger ces travailleurs et travailleuses contre les représailles et l'expulsion lorsqu'ils exercent ces droits.
- Transformer les systèmes de migration : Remplacer les systèmes de visas temporaires et liés à l'employeur par des voies de migration fondées sur les droits qui permettent aux travailleurs de changer d'employeur, d'accéder à la justice et de vivre dans la dignité. Abolir le système de la kafala et garantir l'accès à la résidence permanente.
- Mettre en place des systèmes de soins justes: Ancrer les systèmes nationaux de prise en charge dans la Convention n° 189 de l'OIT et veiller à ce que les travailleurs domestiques migrants soient pleinement inclus dans les politiques de prise en charge.
- Garantir une protection sociale inclusive et portable : Garantir l’accès aux soins de santé, à la protection contre les accidents du travail, aux prestations de maternité, aux allocations chômage et aux pensions. Garantir la portabilité des prestations au-delà des frontières.
- Mettre fin à l'exploitation dans le recrutementAppliquer le principe du recrutement sans frais et celui de la prise en charge des frais par l'employeur. Renforcer la réglementation et la responsabilité des agences de recrutement.
- Protéger les travailleurs en situation de crise et de conflit : Mettre en place des mécanismes d’évacuation, une protection humanitaire et un accès à des abris, aux services et à un soutien à la réinsertion – sans discrimination. Déclaration de DWF : Les travailleuses domestiques migrantes et l'escalade de la guerre au Moyen-Orient
Lire:
- Position du Parti travailliste sur la déclaration d'étape du Forum d'examen des migrations internationales de 2026
- Manifeste féministe WIMN
Un appel à un avenir différent
L'économie des soins va continuer de croître. Les travailleuses domestiques migrantes en sont déjà au cœur.
Alors que nous célébrons la Journée internationale des travailleurs le 1er mai et que nous nous préparons pour la Conférence internationale du travail, ce moment appelle à un engagement renouvelé en faveur des droits des travailleurs, de l'égalité des sexes et de la dignité de tous les travailleurs.
Calendrier des engagements de l'IDWF
IMRF 2026
Migration sûre, ordonnée et régulière le long du corridor migratoire Asie-Pacifique et région arabe
30 avril | 15h00 – 16h30 HNE
Virtuel: https://zoom.us/webinar/register/WN_Q-Npbyf9QWCTN–VBnkZ_Q#/registration
Organisé par : Gouvernement du Népal, CESAP, CESAO, OIT, OIM, ONU Femmes, Réseau des Nations Unies sur les migrations
Description : Dialogue régional reliant l'Asie-Pacifique et les États arabes pour promouvoir une gouvernance des migrations fondée sur les droits, axée sur les couloirs de mobilité de la main-d'œuvre et la protection des travailleurs migrants.
Journée de la société civile du Forum des migrants en Asie (MFA)
03 mai | 9 h 00 – 17 h 00 HNE
Lieu : Holiday Inn Express, en personne
Organisé par : Forum des migrants en Asie Description : Réunion de la société civile en amont de l'IMRF pour harmoniser les priorités de plaidoyer, renforcer la solidarité et coordonner les stratégies collectives afin d'influencer les résultats de l'IMRF.
Journée de la société civile du Comité d'action « Unis pour le IMRF » pour le 2e IMRF
03 mai | 9 h 00 – 15 h 30 HNE
Lieu : Hybride et à New York, Centre de l’Église de l’ONU
Interprétation : anglais, français et espagnol
Audience multipartite de l'IMRF
04 mai | 10h00 – 16h00 HNE
Lieu : Secrétariat de l'ONU, New York (en personne)
Organisé par : l'Assemblée générale des Nations Unies / le Réseau des Nations Unies sur les migrations
Description : Plateforme officielle multipartite réunissant gouvernements, agences des Nations Unies, syndicats et société civile pour façonner l'agenda du Forum international pour les migrations (IMRF) et mettre en lumière les priorités clés en matière de droits de l'homme et de gouvernance des migrations.
Autonomisation et protection des droits des travailleuses migrantes dans l'économie des soins
07 mai | 8 h 30 – 9 h 30 HNE
Lieu : Bureau de l'OIT, New York (hybride)
Inscription en personne : Événement parallèle : Autonomisation et protection des droits des travailleuses migrantes dans le secteur des soins – Remplissez le formulaire.
Inscription virtuelle : https://events.teams.microsoft.com/event/d6e032bc-84b4-47cc-82a1-251daaf37912@d49b07ca-2302-4e7c-b2cb-e12127852850
Organisé par : des partenaires gouvernementaux, des agences des Nations Unies, des syndicats et la société civile
Description : Dialogue de haut niveau sur l’accès aux services et à la justice, et sur le rôle de l’organisation et de la négociation collective dans la promotion des droits des travailleurs domestiques migrants dans l’économie des soins.
WIMN : Réunion des femmes à l’IMRF 2026, le 07 mai | 12 h 00 – 15 h 00 HNE
Lieu : Centre ecclésiastique pour l'ONU (CCUN), New York (en personne)
Organisé par : Women in Migration Network (WIMN) et ses partenaires
Description : Lancement officiel du rapport Spotlight, présentant une analyse fondée sur les droits, centrée sur les migrants et sensible au genre, afin d'éclairer les discussions et les engagements politiques de l'IMRF.
Événement parallèle du MFA – Économie du soin : droits, reconnaissance et redistribution
07 mai | 15 h 15 – 17 h 00 HNE
Lieu : Siège de la Fondation Ford, New York (hybride)
Organisé par : le Forum des migrants en Asie (MFA) et ses partenaires
Description : Discussion stratégique sur les économies de soins dirigées par les migrants, abordant les inégalités structurelles, les droits du travail et la nécessité d'une reconnaissance et d'une redistribution dans les systèmes de soins mondiaux.
Vers une gouvernance des migrations axée sur la prise en charge
08 mai | 13 h 00 – 15 h 00 HNE
Lieu : Centre ecclésial pour l’ONU (CCUN), New York (en présentiel et en virtuel)
Inscription (Anglais, Espagnol) : https://forms.gle/G4cYquXDBWSNTUoY9
Organisé par : Bloc LAC, Dejusticia, IMUMI, IDWF, CSI, ONU Femmes, WIMN, Alliance mondiale pour les soins et leurs partenaires
Description : Dialogue multipartite visant à promouvoir la cohérence des politiques entre les systèmes de migration et de prise en charge, en mettant l'accent sur les approches fondées sur les droits, l'égalité des sexes et la dynamique transnationale des soins.
1 A Paz, Bariya, G Papa, Travailleurs domestiques migrants dans l'économie des soins : essentiels mais non protégés ; Rapport d'information sur les migrations mondiales 2026, P. 14-17, 2026, WIMN, FES.
